Les Yakusa.
La mégapole qu'est Tokyo est en réalité une mosaïque
de quartiers très divers dans la plupart desquels on mène une
vie de province. Ces quartiers sont discrètement mais efficacement
quadrillés par une police dont l'autochtone est solidaire. Les Yakusa
eux-mêmes contribuent de facto à la tranquillité de la
population : moyennant un impôt que leur versent les commerçants,
ils se portent garants de leur sécurité. Il existe entre les
policiers et les mafieux un accord tacite qui fixe les domaines où
peut sévir le banditisme : spéculation immobilière, boîtes
de nuit, racket, pachinko
Et qui a pour effet de rendre la vie quotidienne
de Monsieur- tout- le- monde extrêmement paisible.
Qu'un commerçant soit agressé, le yakusa du coin, en vertu du
pacte conclu, se mettra aussitôt en chasse ! L'intrus imprudent, promptement
rattrapé, passera un mauvais quart d'heure
avant de devoir s'excuser
et réparer le préjudice. Au Japon, même les voyous détestent
le désordre !
Le " pachinko ", dont les adeptes diront qu'il les détend,
désigne à la fois les machines à sous et les immenses
salles où elles s'alignent par centaines. Le joueur n'a pas à
intervenir, se contentant de déverser des billes d'acier dans la gueule
du monstre qui, après digestion, en régurgite peu ou pas, rarement
davantage que celles dont on l'a gavé. Au vacarme des appareils, métallique
et strident, s'ajoutent les rengaines de marches militaires que vocifèrent
tout autour des dizaines de haut-parleurs. Abrutissement garanti !
Le pachinko était la chasse-gardée des mafieux coréens.
(extrait)