Jean-Paul Micouleau

Le Japon dans les années 80

Les Yakusa.
La mégapole qu'est Tokyo est en réalité une mosaïque de quartiers très divers dans la plupart desquels on mène une vie de province. Ces quartiers sont discrètement mais efficacement quadrillés par une police dont l'autochtone est solidaire. Les Yakusa eux-mêmes contribuent de facto à la tranquillité de la population : moyennant un impôt que leur versent les commerçants, ils se portent garants de leur sécurité. Il existe entre les policiers et les mafieux un accord tacite qui fixe les domaines où peut sévir le banditisme : spéculation immobilière, boîtes de nuit, racket, pachinko… Et qui a pour effet de rendre la vie quotidienne de Monsieur- tout- le- monde extrêmement paisible.
Qu'un commerçant soit agressé, le yakusa du coin, en vertu du pacte conclu, se mettra aussitôt en chasse ! L'intrus imprudent, promptement rattrapé, passera un mauvais quart d'heure… avant de devoir s'excuser et réparer le préjudice. Au Japon, même les voyous détestent le désordre !
Le " pachinko ", dont les adeptes diront qu'il les détend, désigne à la fois les machines à sous et les immenses salles où elles s'alignent par centaines. Le joueur n'a pas à intervenir, se contentant de déverser des billes d'acier dans la gueule du monstre qui, après digestion, en régurgite peu ou pas, rarement davantage que celles dont on l'a gavé. Au vacarme des appareils, métallique et strident, s'ajoutent les rengaines de marches militaires que vocifèrent tout autour des dizaines de haut-parleurs. Abrutissement garanti !
Le pachinko était la chasse-gardée des mafieux coréens.

(extrait)

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