RECUEIL DE NOUVELLES

 

POUSSIÈRE

"Elle se croyait mortelle, par manque d’imagination. “Tu es poussière et tu retourneras poussière.” La formule lui avait été répétée tant de fois au catéchisme de son enfance qu’elle avait fini par la prendre pour parole d’Evangile. Passer le doigt sur un meuble abandonné quelques temps par le chiffon éveillait en elle le plus profond dégoût, comme si la trace d’un disparu s’était incrustée dans sa peau, comme si la grand-mère Angèle, qui avait tant insisté pour se faire incinérer, avait pris un malin plaisir à s’éparpiller hors de son urne."

"Expert en agonies, docteur en disparitions de toutes sortes, Gilbert Millet frappe par un ton unique et paradoxal où une certaine désinvolture s'accommode très bien d'une métaphysique du funèbre." (Jérôme Leroy, Le Quotidien de Paris)

"Millet est un nouvelliste; un vrai. Il sait raconter une histoire, brosser un portrait à l'aide de de quelques mots colorés. Il sait aussi chuter, c'est-à-dire surprendre, émouvoir même..." (Philippe Lacoche, Le Magazine littéraire)

Quorum, 1998

UNE FIGURE D’ENTERREMENT

"Il n’avait pas toujours été croque-mort. Devant des portes qui se claquaient, il avait vendu des encyclopédies, des aspirateurs, des préservatifs goût pistache, des chiens d’aveugles, des luges à roulettes pour les vacances d’été. Son visage ne lui avait valu que des refus. Quiconque aurait engagé avec Barnabé un concours de morosité l’aurait irrémédiablement perdu, terrassé par des bouffées de tristesse, un défaitisme à pousser au suicide le plus coriace des optimistes."

"Si vous aimez l'humour noir, vous serez comblés. Gilbert Millet le dispute à la satire. Mais prudence, car une lecture prolongée peut facilement vous faire perdre pied avec la réalité." (L'Union)

"Humour noir et réalité décalée ou l'illustration d'un genre qui mêle drôlerie, absurde, fantastique et pathétique ." (La Croix)

(Illustrations de Rózsa Tatár)

Editinter, 1999

CADAVRE

"Marcel est mort, abandonné de tous. Pendant dix-huit mois, son corps s’est décomposé au fond du jardin, souillé, rongé par les bêtes de passage et les intempéries. Personne n’a prêté attention aux volets fermés, à l’eau qui entrait par les tuiles manquantes, à la lente moisissure, la lèpre courant sur la façade. L’herbe est montée le long du corps, les ronces ont délavé les vêtements, déchiré la peau. Quand le nouveau propriétaire a fait la découverte macabre, il n’a pas eu un mot de compassion. Simplement un juron.

Puis il a mis le corps dans une grande poubelle, le nez pincé. Les éboueurs ont fait le reste. Avant de disparaître au fond de la décharge, sous une couche de terre, le visage de Marcel s’est fendu d’un sourire, ce grand sourire béat qu’aiment déployer les nains de jardin."

"Le rire, une thérapie contre la bêtise . Gilbert Millet fustige, d'un trait féroce, les travers de notre société." (Jean-François Lardy-Gaillot, La Voix du Nord)

"Il manie le scalpel et le lasez en chirurgien des mots... et des maux de notre bonne vieille civilisation." (Pays du Nord )

manuscrit.com, 2001

DANS L’ESCALIER

"Quatorze marches. Je ne croyais pas qu’un jour j’aurais tant de mal à les monter. L’arthrose ne sert qu’à vous couvrir de honte. On devrait l’interdire. Avec une colonne vertébrale aussi rouillée, plus question de baisemain, d’activités de chambre. Je risquerais de me retrouver coincé en posture humiliante, de libérer des cris plus grotesques qu’érotiques."

"Millet est habile à développer cette problématique de l'indétermination et de l'irrésolution, dans une ambiance qui se ressent du surréalisme." (Roland Ernould, SF Mag)

"Nous ne pouvons qu'être attendris par ces dix-huit façons différentes d'évoquer une manifestation de la folie, par ces dix-huit nouvelles imprégnées d'humour noir qui sont véritables matières à réflexion." (Cindy Lecrivain, Le Courrier picard)

Une nouvelle illustrée par Rózsa Tátar

Les Racines de papier, 2005

"Il pleut. Pluie retenue, comme il convient dans cette ville, averse molle qui brouille la vue, nappe les pierres de brume, dissimule, ponce, estompe. Qui est de Laon déteste le tapage, la renommée, le mot plus haut qu’un autre, le détail qui distingue et pourrait, sans contrôle, attirer le badaud. Aucune pancarte sur l’autoroute. Quel touriste devinerait la cathédrale et les églises, les remparts et les portes, les manuscrits enluminés, les souterrains, les ruelles médiévales ?"

 

+ des nouvelles publiées dans Bifrost, Bleu d’encre, Brèves, Le Courrier picard, Décharge, Dragon & Microchips, Encres vagabondes, Florilège, La Plume, Le Jardin d’Essai, L’Encrier Renversé, Le Nord, Le vilain petit canard, Lieux d’être, L’Union, Martobre, Nord’, Nouvelle Donne, Nouvelle Plume, Poésie première, Présages, Pris de peur, Quelques mots, Rétro-Viseur, Salmigondis, Tennis de table magazine, Textes et marges, Triages.

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