Lire Edouardo Manet

Eduardo Manet est né à Santiago de Cuba en 1927. Son père, avocat, directeur d’un journal de La Havane, est d’origine Galicienne, sa mère juive, elle aussi d’origine espagnole, ce qui influencera le goût de l’écrivain pour le métissage, le brassage des cultures, l’ouverture au monde. A l’université de La Havane, Eduardo Manet que ses parents, d’une sensibilité de gauche, anti-franquistes farouches, ont habitué aux débats politiques, rencontre Fidel Castro et son frère Raoul, à la pointe de la contestation étudiante. C’est également l’époque où Eduardo Manet croise sa vocation d’écrivain, de cinéaste, d’homme de théâtre, alimentée par des rencontres avec de présentes ou futures figures marquantes de la vie culturelle cubaine.
Après un séjour aux États-Unis, Eduardo Manet décide de venir étudier en France. Jean-Louis Barrault l’oriente vers Roger Blin et Jacques Lecoq. Avec ce dernier, Eduardo Manet étudie le mime, donne des spectacles. Un séjour en Italie aurait pu faire de lui un écrivain de langue italienne. C’est Françoise Mallet-Joris qui décide de son avenir en publiant une de ses nouvelles écrites en français. Mais bientôt arrive la nouvelle que le dictateur Batista a été renversé par la Révolution castriste. Appelé à La Havane par les nouveaux dirigeants, Eduardo Manet rentre à Cuba. Il va y diriger l’Ensemble dramatique national et tourner des films. La Révolution s’accompagne d’une formidable effervescence culturelle. Cette période euphorique ne dure pas. Rattrapé par les contingences économiques, étranglé par les USA, Castro se tourne vers l’URSS et confie des postes de responsabilité aux communistes.
Suit une période où Eduardo Manet voyage dans les pays de l’est, au sein de délégations culturelles sans grand intérêt, apparatchik comme les autres, même s’il se montre moins cynique. Il se raccroche à la possibilité qui lui est encore donnée de monter des spectacles, de tourner des films. En 1968, tout bascule. Il n’admet pas que Castro soutienne l’intervention des chars russes à Prague et vit comme une blessure l’interdiction de sa pièce Las Monjitas. Aussi profite-t-il de ce que Roger Blin a décidé de monter la version française de cette pièce, Les Nonnes, pour revenir à Paris. Cette fois, c’est un exil. Eduardo Manet va devenir un auteur dramatique et romancier français. Voici un regard trop rapide sur son œuvre :

Les Nonnes

Las Monjitas - Théâtre - 1970 - NRF.

Trois hommes déguisés en religieuses mettent au point une escroquerie pour soutirer de l’argent à une femme riche en lui faisant croire qu’ils vont favoriser son exil de Cuba. La première pièce d’Eduardo Manet, œuvre majeure d’une grande puissance dramatique, décida de son avenir. Elle signe, en effet, son départ de Cuba. Écrite en espagnol en 1968, pour être jouée à La Havane, elle est interdite par la censure castriste. Cet échec se conjugue avec un succès. Eduardo Manet a écrit une version française de la pièce. Roger Blin accepte de la jouer à Paris. La goutte d’eau décisive qui amène l’écrivain à s’exiler.

L’autre Don Juan

Théâtre - 1973 - NRF.

Cette pièce est un hommage à l’auteur dramatique mexicain Ruiz de Alarcón (1581-1635), méconnu bien qu’il ait inspiré Corneille pour sa comédie Le Menteur et Goldoni. Dans la tradition baroque du théâtre dans le théâtre, Eduardo Manet met en scène une troupe jouant, vers 1800, une pièce de Ruiz de Alarcón, Las Paredes oyen (Les Murs ont des oreilles). La mise en abyme est complétée par le fait que Ruiz de Alarcón lui-même joue le rôle de Don Juan. Il s’indigne des privautés prises avec son œuvre par la troupe : par manque d’argent pour engager d’autres comédiens, des rôles féminins sont tenus par des hommes, et réciproquement, des scènes sont modifiés... Le mythe de Don Juan s’en trouve écorné, le personnage étant d’ailleurs amoureux d’une seule femme, fidélité qui tranche avec l’inconstance et les mensonges de ses rivaux.

Lady Strass

Théâtre - 1977 – Avant-Scène.

Éliane Parkington-Simpson est une vieille anglaise, une sorte de fossile, survivante de l’empire britannique défunt qui, à Belize, vit recluse dans une vieille demeure en ruine. Deux malfrats, un Français, Bertrand, et un indigène à demi-indien, Manuel, s’introduisent dans la bâtisse qu’ils croient vide, en quête d’objets à voler. Ils sont accueillis par le fusil menaçant d’Éliane et se retrouvent prisonniers. L’espoir de voler les bijoux de la vieille Anglaise et de lui soutirer un gros chèque les amène à accepter un jeu : mettre en scène sa vie. Ils joueront les rôles de ses deux maris, colons caricaturaux, d’un poète indien qu’elle a aimé et d’un ancien nazi qu’elle a recueilli, avant qu’il ne la trahisse.
Le théâtre dans le théâtre est une constante dans l’univers baroque d’Eduardo Manet. Cette pièce offre en plus une réflexion sur la mémoire et sur le basculement de l’ordre ancien.

(extraits).

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